Justice et Vérité pour les familles

 

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Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? (Lc 18,8).

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L’ICCRS, une puissance internationale

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A une date inconnue, sans tambour ni trompette, l’ICCRS mettait son siège au Vatican (Palazzo della Cancelleria, 00120 Cité du Vatican – Italie). Personne à l’époque n’a mesuré les conséquences de ce qui ne semblait être qu’un transfert de bureau. Mais pourtant un virage sans pareil était pris par l’Eglise: le loup rentrait dans la bergerie.

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Pourquoi s’intéresser à l’ICCRS? L’International Catholic Charismatic Renewal Services est une organisation internationale qui supervise tout le Renouveau Charismatique Catholique (RCC): les groupes de prières, les Communautés Nouvelles — communautés de vie et communautés d’Alliance —, les ministères spécifiques du Renouveau — guérison, délivrance, intercession —, leurs relations œcuméniques et inter-religieuses et pour finir, la Nouvelle Evangélisation.

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L’ICCRS sert de médiation entre le Renouveau et l’Eglise catholique, en adaptant pour lui ce qui est décidé pour l’Eglise catholique. C’est ainsi que l’ICCRS a des initiatives au plan doctrinal, liturgique, canonique, ministériel, œcuménique, pastoral. Cet organisme possède d’ailleurs sa propre commission doctrinale, édite ses publications qui sont diffusées partout dans le monde, sans avoir besoin d’aucune autorisation pour les dérogations de tous ordres à ce qui se fait dans l’Eglise catholique. C’est une véritable organisation ecclésiale indépendante qui a sous sa coupe des millions de catholiques. Elle se prétend directement reliée au Saint-Esprit…

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Les fondements de la Méga-Church du Saint-Esprit

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Les fondements de cette Eglise parallèle, qui siège au Vatican comme l’Eglise catholique, sont au nombre de quatre: le baptême dans l’Esprit, l’œcuménisme spirituel, la guérison et la Nouvelle Evangélisation.

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            Le baptême dans l’Esprit

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Le baptême dans l’Esprit, l’onction, revivifie dans le discours officiel la grâce baptismale — version pour appâter les catholiques —, mais il peut être donné à tout homme de bonne volonté… Même des Juifs l’ont reçu. Aucune doctrine n’a été mise au clair par l’Eglise catholique sur ce baptême, mais l’ICCRS s’est chargé de combler le vide. Baptême dans l’Esprit rime avec Seigneurie de Jésus-Christ, puissance de l’Esprit, expérience de conversion et de reconnaissance de Jésus Christ ressuscité, charismes, Pentecôte. L’enjeu est d’importance car le Renouveau Charismatique est présenté comme une grâce pour toute l’Eglise. Ce baptême dans l’Esprit — alias effusion de l’Esprit — permet, dit-on, la démocratisation de la mystique réservée jusque-là à des chrétiens d’exception. La conséquence est implacable: ceux qui ne font pas cette expérience sensible seront hors de l’Eglise, ou tout au moins en marge de l’Eglise, même s’ils ont fait une authentique rencontre de Dieu, dans la foi. Va-t-on vers une Eglise où le critère d’appartenance sera le baptême dans l’Esprit? Y a-t-il deux classes de chrétiens? celle des initiés et celle des non initiés destinée à disparaître? Va-t-on vers une Eglise transconfessionnelle qui remplacera l’Eglise catholique? Sinon comment comprendre que l’ICCRS se donne pour but de promouvoir le baptême dans l’Esprit dans le monde entier?

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«Les membres du RCC sont appelés à garder précieusement et à entretenir la grâce du baptême dans l’Esprit telle qu’elle a été distinctement manifestée dans le RCC. D’autre part, ils sont appelés à contribuer à la diffusion de cette grâce à travers toute l’Église, y compris parmi ceux qui n’appartiennent pas au RCC. Le baptême dans l’Esprit débouche sur l’évangélisation.»

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Il est nécessaire, en outre, d’être en possession des charismes reconnus comme fondamentaux par le RCC: la prophétie, le repos dans l’Esprit, la glossolalie, etc. Si saint Jean de la Croix ou saint Ignace revenaient dans notre Eglise, ils se demanderaient s’ils ne se sont pas égarés: où sont les conseils réitérés par tous les spirituels catholiques de ne pas prêter attention aux grâces extraordinaires qui ne peuvent que conduire à la catastrophe chez les débutants? Mais pour les charismatiques il n’y a pas de débutants; il y a seulement des chrétiens qui ne peuvent mener une vie chrétienne en plénitude… ceux qui n’ont pas reçu le baptême dans l’Esprit. Leurs charismes leur donnent le droit d’enseigner le monde entier sans s’être mis à l’école de personne, si ce n’est des pentecôtistes. Malheur à celui qui voudrait les contredire.

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La question théologique non tranchée sur le baptême dans l’Esprit est la source de nombre des problèmes suscités par le Renouveau Charismatique Catholique.

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            L’œcuménisme

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L’œcuménisme de Nostra Aetate doit désormais être compris à la lumière de l’expérience de Duquesne ou autre. L’œcuménisme théologique des années postconciliaires est complètement dépassé; il faut faire tomber les barrières non seulement entre les chrétiens, mais aussi avec les fidèles d’autres religions, ou même les incroyants: tous peuvent se rallier en effet à un Esprit que le P. Cantalamessa qualifie d’ «énergie, réalité surnaturelle, sur-rationnelle», clé de voûte d’une nouvelle Eglise du Saint-Esprit. Une prophétie de Ralph Martin, un des pionniers du Renouveau Charismatique Catholique est devenue un véritable mot d’ordre, dont l’importance est sans commune mesure avec le texte conciliaire Nostra Aetate. Ce charismatique de renom a prédit en effet à Kansas-City, en 1977:

 

«Prenez le deuil et pleurez, car le corps de mon Fils est brisé.

Comparaissez devant moi avec le sac et la cendre, devant moi avec des larmes et des gémissements car le corps de mon Fils est brisé.

J’aurais fait de vous un homme nouveau, mais le corps de mon Fils est brisé.

J’aurais fait de vous la lumière sur une montagne, une ville glorieuse et splendide que tout le monde aurait vu, mais le corps de mon Fils est brisé.

La lumière est faible. Mon peuple est dispersé. Le corps de mon Fils est brisé.

Détournez-vous des péchés de vos pères. Marchez dans les voies de mon Fils. Revenez au plan de votre Père, revenez au projet de votre Dieu.

Le corps de mon Fils est brisé …»

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Ceci serait un fait divers qui intéresserait peu de catholiques, si le P. Cantalamessa ne s’était justement trouvé à Kansa-City en 1977, pour une réunion de prière œcuménique avec des Eglises de Pentecôte. Cette prophétie résonna pour lui comme une mission: il devait faire tomber les barrière entre les Eglises. Il reçut peu après le baptême dans l’Esprit avec l’imposition des mains par des laïcs catholiques et des pasteurs protestants. Et il noua des liens avec les représentants les plus contestés des courants évangéliques et pentecôtistes. On le trouve au fil des ans aux côtés de Benny Hinn, de D. Yonggi Cho, de K. Copeland, de John Wimber, de Peter Wagner, de Warren, de TV Pat Robertson, de Paul Crouch, de Reuven Berger, de Carlos Payan. N’est-il pas considéré, avec Carlos Payan, comme un prophète de l’unité? Pour le P. Cantalamessa, un dialogue «de la vie» est possible avec les pentecôtistes de la troisième vague mais non pas, jusqu’à présent, un dialogue dans le sens propre et habituel du terme. Ce dialogue de la vie n’est autre que la présence dans des rassemblements qui prônent une unité à partir des critères qui sont loin d’être ceux de la foi catholique. Il suffit pour s’en convaincre de lire quelques lignes d’une interview de Carlos Payan paru dans Famille chrétienne: «On ne peut pas continuer à utiliser Marie pour maintenir des divisions entre nous comme certains le font. Je me suis donc demandé comment avancer sur un chemin de guérison et de dignité en parlant de Marie.» La réponse est simple: peu importe ce que chacun dit de Marie, il suffit que tout le monde en dise quelque chose, c’est guérissant et cela suffit. Il faut savoir que Carlos Payan est spécialisé dans le ministère de guérison: Jésus ne cessait de guérir les âmes et les corps et il peut toujours nous guérir. C’est un fait. Tel est le sens de son ministère de guérison, si populaire. Et pour donner du poids, il ne cesse de se dire ami de Mgr Daucourt. Quel catholique pourrait ensuite avoir une quelconque méfiance à l’égard de ses enseignements?

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Certains se souviennent peut-être d’une réflexion faite par Mgr Santier dans le rapport du groupe de réflexion «Spirituel et psychologie»: «Il convient d’éviter, malgré leur grand impact, d’accréditer les sessions de guérison intérieure lorsqu’elles n’offrent pas les conditions nécessaires pour mettre en œuvre la distinction fondamentale entre la vie spirituelle et la vie psychique. Il s’agit également de veiller à ne pas s’y rendre présent de manière officielle. La moindre marque publique d’intérêt ou le plus petit signe officiel d’attention risque d’être présentés ensuite comme une approbation et même un envoi. Ces propositions sont entachées de « messianisme temporel ». Les baptisés méritent mieux, et ce serait mésestimer leur foi que de les laisser penser que l’Évangile se réduit à cela.» Alors comment ne pas interpréter la présence du Prédicateur de la Maison Pontificale dans des rassemblements œcuméniques qui font avancer l’unité par la base, comme un aval donné par le Saint-Siège aux formes de l’unité et de la guérison que véhicule la troisième vague?

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            La guérison

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Le baptême dans l’Esprit implique en effet la foi en un Dieu qui «parle, guide, protège et guérit». La guérison, qui était dans les années 70 l’apanage de quelques communautés spécialisées en la matière — dont la Communauté du Lion de Juda et ses filières —, est devenue, avec la troisième vague, un test de crédibilité pour les chrétiens. Les gens en ont assez du dogme et de la morale, ils veulent voir des merveilles qui les touchent… pour croire. Comme le disait Jean-Paul II, il ne suffit pas de s’opposer aux évangéliques, mais il faut répondre au défi posé par leur ardeur à évangéliser. Un des éléments du défi est la guérison divine.

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L’ICCRS prépare depuis des années la mise en place des ministères de guérison et de délivrance… derrière le dos des évêques, grâce à sa propre commission doctrinale qui se croit investie de la mission de combler les lacunes de la théologie catholique. Si le P. Cantalamessa est un expert en œcuménisme spirituel, pour la guérison et la délivrance, il faut regarder vers H. Lemay, disciple de Francis MacNutt, fondateur des Christian Haeling Ministries. Responsable du Renouveau charismatique catholique canadien, ce leader est apparu en France depuis trois ans, à pas de velours, par la Fraternité Pentecôte. Il fait des sessions de formation à la guérison en cinq niveaux: il commence par une «Introduction à la guérison chrétienne», puis il aborde la «Guérison intérieure», ensuite la «Guérison physique, émotive et délivrance». Vient ensuite la «Sexualité humaine» et, pour terminer, «Guérison et évangélisation». Il ne faut pas perdre de vue que tout est orienté vers la Nouvelle évangélisation.

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Pour la doctrine, H. Lemay fait un emprunt massif à des sources protestantes évangéliques, en particulier John et Paula Sandford, spécialisés dans la délivrance. Par les techniques mises en place par les évangéliques, il supplée ainsi aux déficiences du Saint-Esprit qui ne donne pas assez de charismes en ce domaine. En fait, il s’agit de faire passer les groupes de prière de la louange à la guérison, pour les rendre performant en Nouvelle Evangélisation. H. Lemay est le maître d’œuvre d’un livre publié par la commission doctrinale de l’ICCRS en 2008: Lignes directrices sur la prière pour la guérison (Ed. des Béatitudes). Le titre ressemble étrangement à l’Instruction sur les prières pour demander la guérison, que le cardinal Ratzinger a fait paraître en 2001; mais le contenu en a été complètement revu pour les adeptes de l’Eglise du Saint-Esprit.

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1 – Lemay se présente comme missionné par le Conseil Pontifical des Laïcs, missionné par l’ICCRS, missionné par le Vatican, comme c’est indiqué sur les dépliants annonçant les formations. Comme la législation française n’autorise pas à former des personnes à la guérison sans avoir de diplômes reconnus, ces sessions mettent en cause le Saint-Siège, puisque «Le Vatican a également publié un document officiel concernant le mouvement dans lequel il encourage le charisme de guérison dans l’Église: « Essentiellement, dit-il, la puissance de guérison que Jésus a manifestée (durant son passage sur terre) est encore présente et le restera toujours ».[1]» Faut-il conclure que le Saint-Siège a envoyé H. Lemay avec, comme mission mondiale, de guérir de la pédophilie, de l’arbre généalogique, de l’homosexualité, etc.? Car ce sont là quelques-unes de ses spécialités.

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Un autre aspect est intéressant à noter. On peut lire sur le site du CCMM, toujours à propos de H. Lemay: «Certains se souviendront peut-être de l’article paru sur le site de Golias le 2 mai 2012: « Renouveau charismatique: Mgr Santier garant de la psychospiritualité? » Il devait y avoir en effet à Paris, le 8 et 9 mai derniers, la session des délégués du Renouveau charismatique. Les sessions de H. Lemay et l’Agapè étaient au programme. Les groupes du Renouveau étaient donc invités à envoyer quelqu’un à ces formations. Pourquoi Mgr Santier tenait-il à ouvrir largement les portes de la Fraternité Pentecôte à H. Lemay? Il faut dire ici que tous les deux se connaissent de longue date. Tous les deux ont été membres du conseil de l’ICCRS. Le P. Santier en effet a fait partie du conseil de 1991 à 1997 et Henri Lemay de 1995 à 2001. Pendant trois ans, ils ont donc collaboré, et tout particulièrement pour le séminaire de guérison de 1995. Mgr Santier ne pouvait pas ignorer les positions de H. Lemay et le contenu des sessions.»

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Mgr Santier, qui a été chargé de mettre en place un groupe de réflexion sur les relations entre Psychologie et Spiritualité en 2010-2011, était en fait acquis aux guérisons divines. Il les dénonce dans le rapport final de ce groupe de travail, mais en se gardant bien de préciser ce que comportaient les guérisons qui se pratiquent à l’Agapè, à la Maison d’Abba et autres. Quant à H. Lemay, il a été totalement passé sous silence. Mgr Santier a préféré rester dans des généralités que les évêques ne pouvaient qu’approuver et qui ont servi à valider les non-dits. Cela devait rester secret. Sans la fuite faite par Golias, personne alors ne se serait étonné de ce silence.

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            La Nouvelle Evangélisation

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L’évangélisation est ce vers quoi tendent les trois éléments précédents. Cette évangélisation se fait avec un bataillon charismatique: un chrétien sur trois a reçu le baptême dans l’Esprit toutes confessions confondues; des enfants naissent charismatiques dans des familles charismatiques; les groupes de prière mis en place un peu partout dans le monde depuis les années 70, sont prêts à obéir au doigt et à l’œil aux ordres descendant de l’ICCRS; des leaders enfin sont spécialement formés pour étendre l’Eglise-entreprise qui les emploie. Les leaders, es piliers du pentecôtisme non catholique, se retrouvent aussi dans le Renouveau Charismatique Catholique. Par diverses formations, le leadership a été institutionnalisé en quelque sorte et encadré, par l’ICCRS. Les leaders sont devenus les fers de lance de la Nouvelle Evangélisation.

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Le leader doit être prophète, il doit avoir une vision: quelque chose que l’on voit, qui est visible par le visionnaire. Pour être motivé, il faut voir. Et pour qu’il y ait vision, il faut une Révélation venant de Dieu «qui donne la direction à suivre, les plans à suivre, les buts à atteindre en cours de route, la puissance divine, l’onction qui est nécessaire pour y arriver.» Comme le dit bien un ancien président de l’ICCRS, Charles Whitehead, «pour que le leadership soit efficace, il faut qu’il y ait une vision.» Un responsable du Renouveau, Raphaël Onuogu, lors d’une formation au leadership, précisait encore: «Le succès ou la réussite de toute organisation réside dans son leadership.» Lors de ces formations, on apprend entre autres choses «les techniques de base pour l’évangélisation.»

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Il faut dire que le Saint-Esprit s’est essoufflé et ne pouvait plus suivre une pareille croisade en expansion: il a donc fallu donner aux charismatiques une formation aux charismes, pour avoir du rendement et s’étendre dans le monde entier et, pour cela, former des leaders performants. L’Eglise est ainsi regardée comme une entreprise internationale qui, comme toute entreprise, cherche le succès. Quel succès? Répandre l’unique culture qui peut contrecarrer un monde mauvais au pouvoir du diable: la culture de Pentecôte qui doit remplacer toutes les cultures, et permettre ainsi d’établir la civilisation de l’Amour, un Nouvel Ordre Mondial fondé sur un Nouveau Paradigme, l’avènement d’une religion mondiale par la nouvelle évangélisation. Qui aurait pu imaginer qu’un jour on pourrait écrire: «La Révélation est puissante. Elle peut changer l’Eglise. Elle peut sortir l’Eglise du monde, du respect humain, du compromis, de la négativité, de la laïcité, de la défaite vers la victoire. Notre Eglise a une vision.»

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D’après Maud Lauriot-Prévost, auteur avec son mari Alex, du manuel de l’évangélisateur, «pour devenir évangélisateur, ainsi que n’ont cessé de le dire Benoît XVI et les Pères synodaux durant trois semaines [synode pour la Nouvelle Evangélisation], il s’agit de faire en tout premier lieu l’expérience transformante de la miséricorde du Père, de vivre une nouvelle conversion, de recevoir du Christ les guérisons dont nous avons besoin, d’être embrasés d’amour, de zèle et de compassion par le feu de l’Esprit. C’est à l’opposé de l’idéologie, de la militance ou du prosélytisme. Ancienne et nouvelle évangélisations puisent à la même source, l’expérience intime et transformante de la foi, et non à une simple connaissance livresque ou rituelle de la religion catholique et de la morale qui en découle. Evangéliser n’est que le débordement d’un cœur touché par l’expérience bouleversante de la libération intérieure, d’une nouvelle naissance dans la foi (cf. Jn 3).» C’est une relecture des conclusions synodales qui en dit long. Mais qu’y a-t-il derrière: «recevoir les guérisons dont nous avons besoin»? Lorsque l’on sait que Maud et Alex Lauriot-Prévost font du charisme de guérison un pilier de la Nouvelle Evangélisation, on peut se poser des questions sur leur interprétation du synode. Quant à la libération intérieure, clé de voûte de l’Agapè du Puy, il n’en est point question dans les propositions synodales qui ne parlent que du Christ venu pour nous libérer de nos péchés.

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Le synode est, en fait, récupéré par le Renouveau selon les critères de sa vision.

Comme chacun peut s’en rendre compte, c’est l’introduction du Nouvel Age dans l’Eglise qui est en cours. Pentecôte aboutit à Babel. Une OPA sans précédent!

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La bienveillance du Saint-Siège

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Comment le Saint-Siège a-t-il pu laisser grandir une pareille puissance subversive au sein de l’Eglise et tolérer l’entrée du loup dans la bergerie?

Le seul aval du Cardinal RiƗko, Président du Conseil Pontifical pour les Laïcs, a-t-il suffi pour permettre à l’ICCRS de prendre du large par rapport à ce que dit le Magistère, par rapport à la théologie, par rapport aux Ordinaires du lieu, etc.? Comment expliquer que les Conseils Pontificaux concernés aient fermé les yeux? Les événements récents qui ont fait parler de la Curie romaine, ont montré que la clarté n’est pas sa principale vertu.

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Il faut dire que de longue date les Papes ont fait tout ce qu’ils ont pu pour faire rentrer l’immense foule des Pentecôtistes dans l’Eglise catholique. Qu’on se souvienne de la présence de David du Plessis à la troisième session du Concile Vatican II. Pour les charismatiques, l’origine du Renouveau charismatique catholique remonte d’ailleurs à Léon XIII, et le dernier Concile lui-même est relu comme une préparation à la mise en place de cette Eglise du Saint-Esprit. Qu’en sera-t-il du Pape François? Nous pourrons en savoir un peu plus le jour de la Pentecôte, puisqu’il va rencontrer les communautés nouvelles et les mouvements ecclésiaux.[2] Le Pape Jean-Paul II les avait rencontrés en 1998 et Benoît XVI en 2006, toujours pour la Pentecôte. La rencontre entre les communautés nouvelles et un Pape, quel qu’il soit, ne manque d’ailleurs pas d’ambiguïté, lorsqu’on sait que Pierre est considéré comme un laïc par des responsables du Renouveau, un laïc modèle d’évangélisation. On peut faire deux remarques sur cette qualification. Tout d’abord le Pape est successeur de Pierre; alors, que représente le Pape, si Pierre est un laïc? Et encore, qu’en est-il de la succession apostolique? Il est sûr que pour être en phase avec les Pentecôtistes, il vaut mieux que Pierre soit un laïc, modèle d’évangélisation pour une Eglise de laïcs. D’ailleurs dans le Renouveau, tous, évêques, prêtres, religieux, laïcs, dépendent du Conseil Pontifical pour les laïcs.

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Le chef d’orchestre: le P. Cantalamessa

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Mais il est un homme qui ne doit pas être oublié pour comprendre la progression rapide de l’OPA: il s’agit du P. Cantalamessa. Il se prévaut de sa fonction de Prédicateur de la Maison Pontificale pour faire usage de ses talents de prédicateur oint du Saint-Esprit. Son but? Conduire l’univers entier à recevoir l’effusion de l’Esprit, de la curie romaine à tout homme de bonne volonté, en passant par les évêques, les prêtres, etc., sans oublier les membres du Renouveau. Homme d’une intelligence supérieure, très bon théologien, charmeur s’il en est, disciple des premiers charismatiques des USA, il est le meilleur prédicateur du Renouveau Charismatique. Il est le globe-trotter du Saint-Esprit qui lui a donné mission en direct de répandre le baptême dans l’Esprit et de faire avancer l’œcuménisme spirituel. Comprenez: mettre en place une Eglise mondiale qui efface toutes les distinctions religieuses. Et le P. Cantalamessa réussit à merveille dans sa mission, même auprès de théologiens renommés. C’est l’Esprit, à ses yeux, qui fera l’unité: il est énergie, esprit créateur… Bref il peut convenir à tout le monde, quelle que soit la croyance.

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Son charme est tel que personne ne s’étonne de le voir aux côtés de Carlos Payan, ou être béni par un pasteur pentecôtiste. Fort de son passeport de Prédicateur de la Maison Pontificale, il peut donner son aval à la troisième vague… au nom du Vatican? Mais s’agit-il du Saint-Siège ou du Siège de l’ICCRS? L’ambiguïté est maintenue.

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Toujours est-il que, depuis deux ou trois ans, il intensifie ses activités en France, terre féconde en communautés nouvelles considérées comme des poules aux œufs d’or. Il y prêche des retraites pour prêtres, on le trouve impliqué dans Diaconia, il est bien sûr présent aux côtés de la Communauté des Béatitudes qu’il soutient et protège de longue date, il prêche dans des foyers de charité, dans des groupes de prière œcuméniques de la troisième vague (Sion, Alleluia-France…), il ira présider le dixième anniversaire de la Maison d’Abba, très controversée pour ses sessions de guérison pour les enfants. Curieusement, il n’a pas encore mis officiellement les pieds à l’Agapè du Puy pour la valider par sa présence.

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Conclusion

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Un article permet seulement d’effleurer des questions extrêmement graves et vitales pour l’Eglise catholique. Mais les lecteurs auront d’approfondir le sujet grâce au livre sorti aux Editions Golias: Le Renouveau Charismatique. Une Eglise dans l’Eglise? L’auteur a rassemblé des documents inconnus de la plupart des catholiques, qui révèlent une OPA sur l’Eglise catholique préparée depuis plus de quarante ans sous le manteau. La Nouvelle Evangélisation est entre les mains de l’ICCRS et devrait aboutir selon leurs plans à noyauter toute l’Eglise catholique pour la fusionner avec les diverses branches pentecôtistes, et cela en amenant tout ce monde à recevoir l’effusion de l’Esprit.

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[1]http://www.diocesemontreal.org/actualite/actualite/lecteur-actualites/items/id-1-200-personne-rassemblees-au-congres-charismatique.html

[2]http://www.chretiente.info/201304054505/pentecote-les-mouvements-ecclesiaux-a-rome/

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